
Il m’est arrivé un truc assez bizarre cette semaine. J’ai redécouvert l’existence des Backstreet Boys, un des nombreux boys band de mon adolescence. Je n’ai jamais été fan des boys band, donc je n’ai jamais suivi leur évolution. Et je ne sais pas pourquoi, Instagram a passé des extraits de concert des Backstreet Boys dans mon fil. Je me suis dit : « Ah mais tiens, ils existent encore eux? Mais ils ont quel âge maintenant? Doivent plus être tout jeunes… ».
Pour moi, le souvenir des BSB (on va abrévier, c’est leur petit nom apparemment), c’est une carte postale. Carte postale envoyée par le premier garçon que j’ai embrassé au ski, à l’hiver 1995, alors que j’étais en 5ème. Il s’appelait Jonathan, il avait un an de moins que moi, les yeux bleus et une boucle d’oreille. Il avait pleuré lors de mon départ du club de vacances. C’était touchant. Quelques temps après ça, Jonathan m’avait écrit une carte. Je ferai des fouilles archéologiques pour la retrouver, elle doit trainer dans la maison familiale. Et sur cette carte, il y avait : les Backstreet Boys. Une carte qu’on avait dans les magazines de l’époque, les Star Club. Bien que non fan du groupe, je me suis dit que celui que je trouvais mignon, ce n’était pas celui que toutes les filles aimaient, celui qui avait sa casquette à l’envers sur ma carte, Brian, mais le petit blond. Alors je suis allée voir sur Google quel âge ce petit blond pouvait avoir maintenant. Et j’ai halluciné, car j’ai découvert qu’il n’avait que 13 ans au début de la formation des BSB, les autres membres étaient bien plus âgés (relativement). Donc il n’avait en fait que 2 ans de plus que moi. J’ai parcouru rapidement sa page Wikipedia et j’ai eu un choc quand j’ai vu que trois de ses frères et soeurs sur cinq étaient décédés et jeunes en plus. Waouh le trauma ai-je pensé, doit y avoir du lourd dans la famille.
Ensuite j’ai regardé plein de vidéos Insta de leurs récents concerts à Las Vegas et à Düsseldorf, j’ai été assez impressionnée par la forme physique des mecs qui ont quasi tous la cinquantaine maintenant. Et j’ai aussi été impressionnée de voir qu’ils ne chantaient pas en playback et qu’en fait, ils savaient même chanter! Ca nous change de nos boys band français… Quoi qu’on en pense, les mecs sont en fait assez talentueux. C’est d’ailleurs rigolo, car ils ont eu un grand succès en Allemagne, et c’est pile à l’époque où j’y habitais, entre 1995 et 1999. Mais moi j’étais plutôt dans le trip Noir Désir à cette période-là.
Et plus je regardais des vidéos d’eux, plus j’avais envie d’en savoir plus sur Nick.
J’ai mis un temps à comprendre pourquoi, si c’était juste parce qu’il était attirant ou s’il y avait autre chose. Il parait que les écorchés vifs se reconnaissent entre eux…
En parlant de ma redécouverte à mon mari, il m’a dit : « Ah mais oui il est connu Nick Carter, pour des histoires de viols ». Encore un alors… Et puis en cherchant, j’ai vu que ça remontait à longtemps, au début des années 2000, lorsqu’il avait la vingtaine. J’ai aussi lu que c’était l’époque où il était à fond dans les addictions : drogue, alcool, etc. Bien évidemment, il a démenti ces accusations. Mais ma curiosité et mon intérêt demeuraient. Alors j’ai creusé, lu, regardé des vidéos. Et clairement, ce mec m’émeut. Alors pourquoi?
Pourquoi? Parce que j’ai toujours beaucoup d’empathie pour les personnes qui ont eu des enfances traumatiques. Parce que je peux comprendre ce qu’elles ont traversé, parce que je fais partie moi aussi des enfants traumatisés pour lesquels le trauma a encore un impact sur elles alors qu’elles sont adultes et ce malgré des années de thérapie…
J’ai 44 ans, une mucoviscidose et un TSPT-C. Mon psychiatre a mis 10 ans à poser le bon diagnostic, longtemps il a cru que j’étais bipolaire à cause de mes phases hautes et de mes phases très basses.
En réalité, il s’agit d’un TSPT complexe (un traumatisme chronique).
Ce n’est pas un simple “haut et bas” chimique : c’est un système nerveux qui a appris très tôt à survivre dans un environnement où l’amour et/ou la sécurité manquaient.
Il alterne entre des moments où tout s’emballe (créativité, intensité) et des moments où tout s’éteint (épuisement, vide, envie que ça s’arrête = envie de mourir).
Nick Carter a grandi dans une famille où l’addiction des parents était présente très tôt, dans un climat de disputes, d’intimidation et de peur. Quand la célébrité est arrivée, lui et son frère Aaron sont devenus les cash machine de la famille, au détriment de leur enfance. Violences verbales, climat de terreur, et aussi des violences physiques. Sa sœur Angel (la soeur jumelle d’Aaron) parle aujourd’hui de traumatismes transgénérationnels : un cycle d’addictions et de dysfonctionnements qui se répétait de génération en génération.
Selon ce que j’ai pu lire, Nick a commencé à boire tôt, très tôt. Du fait de sa célébrité, il a été plongé très jeune dans le milieu de la fête et de la nuit. Sa consommation d’alcool est devenue quotidienne afin de masquer son anxiété et les traumas de son enfance. A cela s’est progressivement ajoutée la consommation de drogues dures (cocaïne, ecstasy, kétamine et médicaments sur ordonnance). Et il s’est retrouvé pris dans la spirale des addictions multiples. Sa véritable prise de conscience n’a eu lieu qu’en 2008 (à l’âge de 28 ans), lorsqu’on lui a diagnostiqué une cardiomyopathie (une maladie affaiblissant le muscle cardiaque) causée par ses années d’abus. Face au risque de mourir jeune — un drame qui touchera malheureusement plus tard sa sœur Leslie (2012, 25 ans), son frère Aaron (2022, 34 ans) et sa sœur BJ (2023, 41 ans), tous les trois morts d’overdose — Nick a entamé un lourd parcours de désintoxication pour devenir sobre.
Lors des mes séjours en HP/clinique de santé mentale, j’ai côtoyé nombre de gens qui souffraient d’addiction. Et ce que j’ai pu en retenir, c’est qu’il était EXTREMEMENT difficile de s’en sortir. Nombre d’entre eux revenaient, encore et encore, cure après cure. J’ai souvenir d’un gars d’origine serbe, la cinquantaine, qui était tombé dans l’alcool dès ses 14 ans, en Serbie. Et malgré tous les efforts qu’il faisait, il ne s’en sortait pas. Donc je suis d’autant plus touchée par le parcours de Nick Carter, car je sais que c’est une surveillance constante, que les vieux démons sont toujours là, tapis dans l’ombre, prêts à ressurgir à tout moment. J’imagine non sans peine le traumatisme du survivant auquel il doit être confronté, lui qui a enterré trois de ses frères et soeurs, qu’il n’a pas réussi à sauver. Malheureusement la seule personne que l’on puisse sauver, c’est soi-même. Mais il est tellement difficile de ne pas culpabiliser, de se demander pourquoi moi et pourquoi pas les autres. D’autant plus que Nick dit dans ses interviews que sa famille a été détruite à partir du moment où il a été célèbre. Mais que pouvait-il y faire, lui qui n’était qu’un jeune adolescent? C’était aux adultes de le protéger et ses parents ne l’ont pas fait, c’est même tout le contraire.
Alors je suis admirative de le voir là, toujours debout, avec sa famille et ses trois enfants qu’il semble aimer par dessus tout. Je suppose que derrière le vernis Instagram de la famille parfaite, ce ne doit pas être si simple tous les jours, quand on vit avec tous ces fantômes et qu’il s’agit d’un travail d’équilibriste pour ne pas basculer, comme l’a fait Aaron, du côté obscur de la Force.
Concernant les accusations de viol, je pense qu’elles sont tout à fait plausibles. Il est aussi possible que les supposées victimes en veuille surtout à son argent, vu les sommes demandées (on parle en millions de dollar). Difficile à dire.
En même temps, je regarde le garçon qu’il était à l’époque : très jeune, déjà brisé, plongé dans les addictions, dans un monde qui n’offre aucune protection et adulé par des hordes de jeunes adolescentes en transe. De quoi vous faire tourner la tête…
Cela ne justifie rien. Mais pour moi, cela change la nature du regard que je porte.
Je ne mets pas sur le même plan un jeune homme perdu et des hommes mûrs qui ont usé de leur statut pendant des décennies.
Je choisis de croire qu’on peut aussi évoluer, réparer ce qui peut l’être, et continuer à vivre sans être réduit à ses pires moments.
Bien évidemment, il ne peut que nier. D’abord pour se protéger psychiquement, car j’imagine que s’il était reconnu coupable, le risque qu’il plonge est réel. Vous me direz : et les victimes? C’est une vraie question, mais les faits remontent à longtemps et il existe une vertu qui peut s’appliquer ici selon moi : le pardon, en remettant les choses dans leur contexte.
Il est aussi possible qu’il n’en ait aucun souvenir, étant donné l’état d’addiction dans lequel il était plongé à l’époque. Enfin il se peut que tout cela soit faux ou partiellement faux. Et cela nul ne pourra le savoir excepté les protagonistes de l’histoire.
En tout état de cause, je pense que la vie l’a assez puni et cela me semblerait juste de le laisser en paix désormais, car ce n’est pas un monstre et que j’ai l’impression qu’il a beaucoup travaillé sur lui. Et puis vu le contexte actuel, s’il se reconnaissait coupable, il serait sans doute cancelé, avec tout ce que cela implique tant au niveau professionnel et personnel. Ainsi je crois qu’il en va de sa survie et surtout de celle de sa famille, notamment de ses enfants, qu’il doit tenter de protéger.
Pour conclure ce billet sur un note positive, j’aimerais juste évoquer cette jolie synchronicité : hier en cherchant sur Google ce que devenait Jonathan, dont je vous ai parlé au début, celui qui m’avait envoyé la carte des Backstreet Boys en 1995, j’ai vu qu’il avait longtemps tenu un magasin de fringues à Saint Priest. Magasin qui s’appelait : Las Vegas. C’est rigolo, car Nick Carter habite Las Vegas… Un petit clin d’oeil de là-haut me suis-je dit 🙂





